Le ou la sex-addict ?

Posted on 20, Fév, 2015 | Pas de commentaires
Le ou la sex-addict  ?

Bien au-delà de l’imaginaire du mâle addict sexuel, le nombre d’ouvrages et de références tenant pour acquis cette typologie d’obsédé est impressionnante.
En bon médecin curieux, je voulais faire le point et le tri entre certitude scientifique et imaginaire populaire.

L’addiction sexuelle est une addiction comportementale qui n’est pas reconnue par la bible des troubles mentaux, le DSM V, mais dont la description ressemble en tous points à la seule addiction comportementale reconnue qui est celle liée aux jeux.
On peut donc raisonnablement penser que ça existe et que les mécanismes sont comparables voire assimilables aux explications très bien documentées qui ont été avancées pour les addictions aux produits comme alcool, tabac, drogue.

Pour bien comprendre l’origine de l’addiction, abordons là sous l’angle des composantes qui la compose.
On découpe le mécanisme de l’addiction en trois couches qui permettent de mieux appréhender ce qu’on peut appeler les composantes personnelles de l’addiction.

Il y a tout d’abord l’individu lui-même à sa naissance avec une vulnérabilité génétique au phénomène addictif. Il s’agirait d’une perturbation du système de récompense (noyau accutens) avec des récepteurs aux endorphines qui se saturent plus vite et qui ont donc besoin de plus d’endorphine pour une même sensation. Cela conduirait à l’addiction par répétition inlassable de la source de plaisir avec de moins en moins d’apaisement. C’est donc une perturbation du système dopaminergique d’origine génétique. Si cette origine génétique n’est pas liée à un chromosome sexuel, il s’agit d’inné qui frappent indifféremment homme et femmes.
Cette première composante milite en faveur d’une égalité des sexes ce qui concerne les personnes souffrant d’addiction fut-elle sexuelle.

La deuxième composante en ce qui concerne l’addiction est le produit lui-même auquel la personne est sensible. Dans le cas présent il s’agit du sexe. Cette précision peut paraître idiote mais dans notre explication du mécanisme de l’addiction est valable pour quelques produits que ce soit.

La troisième composante et non des moindres est l’environnement de l’individu. La disponibilité du produit est importante car vivre dans un harem n’a pas les mêmes répercussions psychologiques que vivre dans un monastère. Il y a l’histoire de l’individu et les traumatismes qu’il a pu subir qui va ancrer le choix du produit de l’addiction. L’éducation va jouer le même rôle et peut s’inscrire au rang de l’histoire au même titre que les événements douloureux.
Nous sommes dans l’acquis qui milite cette fois en faveur d’une différenciation sexuelle en ce qui concerne les individus qui souffrent d’addiction.

Cette vision très mécanistique des choses à l’avantage de ne pas trancher et d’accepter les affirmations un peu sectaires des partisans de «l’addiction sexuelle apanage des hommes» en disant que l’environnement donc l’acquis, peut expliquer que les hommes sont plus exposés de par leur éducation et les événements de vie qui peuvent cristalliser le produit «sexe» sur la recherche de l’assouvissement des désirs et la recherche du plaisir. La femme ne vit toujours pas, à l’heure actuelle, la même chose et elle ira plutôt rechercher son assouvissement dans des produits moins connotés sexuellement.

Pour ma part je ne crois pas au déterminisme de l’origine génétique de l’addiction et je pense que l’environnement est susceptible d’avoir un rôle qui va entraîner ou au contraire empêcher l’individu de se tourner vers le sexe pour assouvir ses pulsions.
Cela revient à dire que tout le monde a raison et que personne n’a tort !

Crédit photo : http://www.freedigitalphotos.net/

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